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Les origines du Lac du Bourget : Conférence de Monique Gies le jeudi 1er juin 2017

Ce jeudi, devant une assistance nombreuse, Annick Cros est heureuse d’accueillir, à la Biblio­ thèque des Deux Mondes Monique Gies. La conférencière de ce soir, qui est aussi une des vice­ présidentes de l'association, est férue d'histoire locale et régionale. Elle va nous faire découvrir le lac du Bourget sous un aspect inhabituel. Annick Cros remercie tous les participants et leur souhaite une bonne soirée.

Monique Gies entre dans le vif du sujet et précise que si le lac du Bourget est considéré comme le plus grand lac de France il a un concurrent ! En effet, en Gironde le lac d'Hourtin-Carcans est plus grand mais il est beaucoup moins profond et son volume est ainsi, nettement inférieur.

La formation du lac

Pour l'expliquer, il nous faut faire un grand bond dans l’histoire et remonter à l’origine du quaternaire. Cette période, qui débute il y a 2,6 millions d’années, se compose d'une succession de glaciations et de périodes interglaciaires. Ces grandes glaciations au nombre de quatre, dont la dernière s'est achevée il n'y a guère que 10 000 ans, ont été séparées par des périodes de réchauffement. L'érosion a façonné les reliefs et est largement responsable des paysages actuels. Ainsi, l'Europe du nord a été rabotée par la calotte glaciaire qui la recouvrait et qui a laissé en fondant de multiples lacs. Pour la formation du lac du Bourget, ce sont les deux dernières glaciations qui nous intéressent : celles de Riss et de Würm.

Glaciation de Riss : -300 000 ans. Les géologues supposent que les glaciers des Alpes allaient jusqu’à Lyon.

Période interglaciaire de réchauffement : -130 000 ans pendant laquelle le grand lac dit « Bourget­ Grésivaudan » s'est formé. Il recouvrait une sur­ face de 1000 km2 (contre 44,5 actuellement) qui s'étendait depuis Seyssel au nord jusqu’ 'à St­ Marcellin au sud-ouest, d'Albertville à l’est, jusqu'à Yenne à l'ouest.

Glaciation de Würm : - 80 000 ans. Les glaciers recouvrent notre région et participent à la formation de la Dombes.

Les glaciers commencent à fondre : - 25 000 ans. Leur retrait laisse place à des lacs. On trouve ainsi trois bassins indépendants avec un lac du Bourget, un lac d'Annecy et trois lacs dans le Grésivaudan. Le lac du Bourget prend son aspect actuel mais il est à une altitude de 270 m

Les glaciers reculent : - 20 000 ans. La forêt disparaît lentement, une steppe composée de petits pins sylvestres et de bouleaux apparaît.

Il ne faut cependant pas privilégier la seule origine glaciaire pour la formation des lacs, car les glaciers à eux seuls ne pouvaient creuser des vallées aussi profondes telles que le Grésivaudan, la cluse de Chambéry ou le val du Bourget. Le val du Bourget, comme les autres vallées, a une origine aussi tec­ tonique (ensemble des déformations subies par les couches géologiques déjà formées). Trois rivières l'alimentent : la Leysse, qui prend sa source dans les Bauges, grossie de l'Albanne et de l'Hyère, le Tillet qui vient des marais du Viviers et le Sierroz qui descend lui aussi des Bauges.

L'histoire du lac

Elle commence après la dernière glaciation. Grâce aux conditions climatiques favorables et malgré la fluctuation des rives du lac, les archéologues pen­ sent que l'homme s'est installé dès le 5e millénaire avant J-C au bord du lac. Cependant aucun indice archéologique n'a été retrouvé !

Au 4e millénaire avant J-C, l'homme commence à changer son mode de vie, il devient sédentaire. C’est pourquoi on observe une première phase d'occupation par des agriculteurs sur la rive ouest. Plusieurs villages sont construits sur les rives du lac. Ces habitants s'adonnent aussi à l’artisanat, à la métallurgie et à la pêche. Mais Ils ont dû fuir devant les caprices du lac (changement du niveau d'eau). Des pilotis et des objets de la vie quotidienne ont été découverts à St-Pierre-de-Curtille. Les datations confirment cette implantation, la plus ancienne actuellement connue. Vous pouvez visiter une des salles du musée Savoisien à Chambéry consacrée aux artisans du lac du Bourget à l'âge du bronze.

En 122 avant J-C lorsque Rome décide d'étendre son empire, le lac du Bourget fait partie du territoire des Allobroges, une tribu celte installée en Gaule depuis le 4e siècle avant J-C. C'est ainsi que fut créé au bord du lac un vicus (un gros bourg), appelé Aquae (Aix), centré sur les thermes (voir compte rendu de la sortie à Aix-les-Bains). En 54 avant J-C Jules César et ses troupes traversent la région pour aider les Helvètes et en profitent pour coloniser les rives du Rhône. Les Romains développent alors les échanges commerciaux. Ils découvrent l'avantage que constitue l’axe de communication au Rhône par le canal de Savières et ils s'installent dans la région près des voies terrestres de circulation.

Après la période romaine, le lac, nous allons le voir , continue à avoir une grande importance à cause du trafic commercial et de la navigation im­ portante qui s'y déroule jusqu'au 19e siècle.

Monique Gies nous parle maintenant du nom du lac, qui contrairement aux lacs proches de chez nous, ne porte pas le nom de la plus grande ville qui le borde, Aix-les-Bains , mais celui d'un gros village, Le Bourget-du-Lac. Dans ses mémoires, sur les voies romaines, l'abbé Ducis prétend que le lac portait le nom de Lemencum. Plus tard, sur d'anciennes cartes topographiques et sur les chartes du Moyen Age, il est appelé Lacus Castillionis, lac de Châtillon. Cette dénomination a subsisté jusqu'au 13e siècle. Toutefois ce n'est qu'à partir du 16e siècle que les cartes retiennent le nom de « lac du Bourget ». D'autres tentatives ont été vaines, les dénominations « lac d'Hautecombe »,
« Lac d'Aix », n'ont pas été retenues ! Notre lac a donc gardé son nom !

Le trafic commercial, la navigation

Le lac du Bourget est le seul, parmi les grands lacs, à être relié directement au Rhône par le canal de Savières. Ce canal, situé au nord du Bourget, entre Portout et Chanaz, est probablement l'œuvre de la nature. Il a dû être creusé par l'écoulement des eaux du lac et amélioré au 198 siècle lorsque les bateaux à vapeur naviguaient entre le lac et Lyon. Sa longueur est de 3,5 km et sa profondeur de 2,50 m.

Durant l'antiquité romaine, le lac du Bourget a toujours été une importante voie navigable, cela afin de faciliter la circulation des marchandises et des hommes. Un port important a été découvert à Châtillon, où l'anse permettait aux bateaux de s'abriter des vents dès leur arrivée sur le lac. Les deux villages aux extrémités du canal, Chanaz, Canalis, et Portout, Portus, étaient d'origine latine et montrent bien que les Romains empruntaient le canal de Savières. Ils auraient donc navigué avec des flot­ tilles chargées de sel, de céramiques, de troncs d'arbres, de produits ultramontains et savoyards. Aux 48 et 58 siècles se développe dans l'anse nord du lac une véritable « zone industrielle » produisant des céramiques sigillées (en cuisant l'argile fine devient rouge brique) et des poteries. Portout fut le dernier grand foyer de production dans le deuxième quart du 58 siècle. Les pièces étaient diffusées par la vallée du Rhône vers le sud de la Gaule, Mâcon et la Suisse. Des échanges se faisaient même avec la Méditerranée, l'Espagne et l'Afrique.

Au Moyen Age, à partir de l'an 1000, le lac redevient un axe important pour le commerce alors en plein essor. Les institutions et les châteaux fleurissent. C'est un peu plus tard, de 1248 à 1253 que Thomas Il, frère d'Amédée IV alors comte de Sa­ voie, fait construire un château d'agrément au Bourget, au bord du lac, afin de faciliter les déplacements par voie d'eau. C'est également pour cette raison que la maison de Savoie a fait de Chambéry sa capitale. Au 138 siècle, le lac du Bourget baignait les murs du château, mais de nos jours il en est bien éloigné ! Les routes complétaient les voies d'eau, ainsi Seyssel étant le point ultime du Rhône navigable, on rejoignait Genève par la route. Entre Seyssel et Le Bourget, une importante voie fluviale reliait la Savoie à « la fameuse route du sel ». Les ports du Bourget et de Puer (Aix) accueillaient les bateaux venant du Rhône. Ils percevaient un droit de chargement et de déchargement des cargaisons, aussi se faisaient-ils une concurrence féroce ! Au 128 siècle, l'abbaye d'Hautecombe, située alors au bord du lac, joue un rôle de surveillance. Les moines, qui savent lire et écrire, contrôlent le trafic batelier de la route du sel.

La navigation, à cette époque, demeure le moyen de transport le plus rapide et le plus économique. En voici quelques exemples :
- En 1224, le pape Innocent IV, devant se rendre à Lyon, passe par le mont Cenis, arrive à Chambéry et continue par la voie fluviale pour rejoindre la cité.
-Le 10 juin 1383, le comte Vert , Amédée VI est mort en croisade près de Naples. Son dernier voyage se fait en barque entre le château et Hautecombe.
-En 1415, Amédée VIII fait construire à Seyssel un convoi de huit grandes barques richement déco­ rées pour accompagner de Chambéry jusqu'à Avignon, l'empereur Sigismond 1er.

A cette époque, les ports, les plus anciens, sont : le port du Bourget, Bourdeau, Hautecombe, le port de Puer (à Aix-les-Bains), les rives de Châtillon et du canal de Savières. Le péage de Chanaz contrôle les nombreux bateaux qui affrontent les dangers du Rhône soit en 1330 : 196 sapines, 10 seysselandes et 44 bateaux plus petits. De Savoie partent les grandes barques et les savoyarde aux chargés de fruits, grains, vins, pierres et métaux. Au retour ou à la remonte, ils transportent le sel, l'huile, le savon, les anchois, le charbon. La navigation est souvent lente et difficile. Aux 16e, 17e, 18e siècles la navigation s'arrête en période de basses eaux ; elle est également dangereuse lors­ que les eaux sont trop hautes, il faut alors recourir au halage animalier ou humain.

Le 17 août 1838, une vraie révolution se produit, un bateau à vapeur venant de Lyon, franchit pour la première fois les passes étroites du canal de Savières. Les départs sont quotidiens, les touristes affluent. Il faut huit à neuf heures pour parcourir 150 km ! Les bateaux transportent 1500 passagers et 450 tonnes de fret par an. Mais la construction du chemin de fer de Victor-Emmanuel Ill, vingt ans après, brise ce nouveau développement et met fin à cette belle hégémonie. Le trafic est réduit à néant, le lac du Bourget perd son rôle de voie de communication et se transforme en terrain de promenade et de sport.

La pêche

La pêche a toujours occupé une place importante dans l'activité humaine. Avec l'agriculture et l'élevage, elle a largement contribué à l'alimentation. Les Romains l'ont réglementée pour exercer un contrôle strict et pour encadrer l'activité de leurs citoyens. La mer comme l'eau et l'air appartiennent à tous. Personne ne peut prétendre en avoir une propriété exclusive et chacun peut en avoir sa part. Ce principe juridique, qui découle du droit naturel, ainsi que celui qui fait des fleuves des choses publiques, sont à la base de toute la législation con­ cernant la pêche. Cependant il y avait des lieux de pêche qui étaient privés (appartenant à l'Etat ro­ main, à des villes, à des particuliers), leurs propriétaires pouvaient en jouir comme ils le voulaient. Rome et certaines cités retiraient parfois des revenus intéressants en taxant les droits de pêche, les bateaux de pêche et en prenant un droit de location sur les pêcheries. Néanmoins, à certains en­ droits une petite pêche de subsistance était autorisée et une pêche plus intensive était exploitée sous le contrôle de l'Etat.

Au Moyen Age, la pêche est l'apanage du roi (un droit exclusif), mais il en cède l'usage aux seigneurs temporels et spirituels en remerciement des services rendus. Thomas Il, propriétaire du château du Bourget-du-Lac, s'engage à fournir chaque année aux moines, qui ont permis la construction de l'édifice, la dîme sur les poissons du vivier du château.

De nos jours la pêche est toujours très réglementée. Les quelques pêcheurs professionnels qui travaillent sur le lac exercent tous une seconde profession. Les pêcheurs occasionnels doivent avoir un permis. La pêche est interdite pendant le frai : du 15 octobre au 15 décembre pour la truite, en mai et en juin pour la mirandelle, du 30 avril au 20 juin pour les autres poissons.

Failles sismiques

Monique Gies termine son propos en évoquant deux failles sismiques : une au nord du lac, appelée faille de Culoz, l'autre au sud, appelée faille du col du Chat.

En 1882, un mouvement tectonique parti de la faille de Culoz, crée une vague d'un mètre de haut. Cela occasionne sur le lac le renversement de plusieurs bateaux causant la mort de cinq ou six personnes. A terre les dégâts matériels sont nombreux. Les scientifiques estiment le tremblement de terre à une magnitude de 5,5 sur l'échelle de Richter. Depuis plus rien, sauf de toutes petites répliques tout justes mesurables. Pour le moment tout risque grave est écarté.

Notre conférencière est chaleureusement applaudie. Son discours agrémenté de documents et de nombreuses photos a ravi tous les participants. Tous connaissaient le lac mais chacun a pu dé­ couvrir un aspect méconnu de ce joyau incontournable de la Savoie.