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LIENS UTILES


"Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban" :  Conférence de Jean-Claude Bouchet le mardi 6 février 2018

Ce mardi 6 février, le cycle des conférences 2018 recommence à la salle Bellevarde. Annick Cros accueille à nouveau, avec plaisir, devant une assistance nombreuse, Jean-Claude Bouchet, président depuis 2017 des « Amis de Montmélian et de ses environs ». Jean-Claude Bouchet la remercie ; il est très ému de donner cette conférence dans cette halle qui porte le nom d’un ami.

Quand il était petit, un de ses instituteurs lui donnait une image quand il avait dix points. Ce temps-là est révolu, mais il se souvient qu’il avait reçu une belle image de Vauban ! En quelques phrases il va nous donner un aperçu de ce personnage. Vauban était un homme très humain, proche des soldats, des paysans et des pauvres. Il était d’une grande probité. Il voulait le rétablissement de l’Édit de Nantes révoqué par Louis XIV en 1685. Dans sa carrière, il a parcouru 185 000 km ! Génie militaire, il a été copié dans le monde entier. On ne connaît que cinq ou six portraits réalisés de son vivant. En 1657, il est blessé à la joue gauche et on remarque la cicatrice laissée par le coup.

Jean-Claude Bouchet nous donne maintenant quelques éléments de sa biographie.

Sébastien le Prestre, marquis de Vauban, naît le 1er mai 1633 à Saint-Léger-de-Fourcheret, un petit village de l’Yonne ou dans le château de Rouères situé à côté. Ses parents sont issus de petite noblesse récente. Il est baptisé le 15 mai dans le même village appelé dès le XIXe siècle Saint-Léger-Vauban. De son enfance on ne connaît presque rien. Il a sans doute vécu tour à tour à Auxerre, Dijon, Nevers. Ce pays pauvre lui a forgé le caractère et il lui est toujours resté attaché. Entre 1643 et 1650 il aurait fréquenté le collège de Semur-en-Auxois tenu par les carmes. A 17 ans il a déjà une formation solide et entre au service du prince de Condé, alors en rébellion contre le roi de France. Il l’enrôle pour combattre dans les Ardennes. En 1652 il se trouve impliqué dans le siège de Sainte-Menehould et se distingue par sa bravoure. La place est finalement prise par les frondeurs. Début, 1653, il tombe aux mains de l’armée royale et est fait prisonnier. Mais Mazarin est conquis par ce jeune Morvandeau plein de vie et Vauban change de camp. Dès lors il sera fidèle à Louis XIV tout au long de sa vie. En novembre 1653, il participe au siège de Sainte-Menehould, cette fois dans le camp de l’armée royale ! La ville prise, il est chargé de réparer la place forte ! Dans les années qui suivent, il participe à de nombreux sièges et en voyant les pertes humaines, il essaiera toujours d’épargner le sang des hommes. En 1659, il a 27 ans, un congé lui permet de rentrer au pays et d’épouser Jeanne d’Osnay. Ils s’installent dans le château d’Epiry mais deux mois après il est déjà rappelé par le service du roi pour procéder au démantèlement de la place forte de Nancy !

En 1673 il dirige le siège de Maastricht et innove de plusieurs façons dont le système de tranchées parallèles et sinueuses pour éviter le tir des assiégés et permettre une progression méthodique et efficace des troupes la moins dangereuse pour elles. Le siège ne dure que treize jours et Louis XIV le récompense en lui donnant la somme de 80 000 livres ce qui lui permet d’acheter le château de Bazoches dans son Morvan natal en 1675. Dès 1673, il convainc le roi grâce à l’appui du ministre de la Guerre Louvois, de mettre en place aux frontières une barrière de fortifications.

Vauban sera un formidable bâtisseur, améliorant ou créant de nouvelles citadelles. En 1678 il est nommé commissaire général des fortifications, lieutenant général en 1688 et enfin bien tardivement maréchal de France en 1703. Vauban meurt à Paris le 30 mars 1707 d’une inflammation des poumons. Il est enterré à l’église de Bazoches et son cœur, sur l’intervention de Napoléon 1er est conservé à l’hôtel des Invalides.

Les fortifications de Vauban

Dès le XVe siècle, les progrès de l’artillerie rendent les murailles des châteaux inutiles. Le système de défense doit être totalement repensé. Pour retarder l’assaut de l’ennemi, on construit des bastions pentagonaux qui placés sur l’enceinte remplacent les tours médiévales. C’est ce dispositif que perfectionne Vauban en s’appuyant sur les spécificités de chaque site. Il perfectionne le système bastionné au point que sa méthode est prise pour modèle partout dans le monde jusqu’au XIXe siècle. Il dessine aussi les plans des places fortes, assure la défense des cités ou leur siège. Entre 1653 et 1703, il établit le premier système rationnel des frontières maritimes et terrestres. En cinquante ans, il a construit et rénové plus de 300 places fortes. 12 de ces sites sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial, ce qui est vraiment exceptionnel ! On peut citer entre autres Besançon, Briançon, Mont-Dauphin qui ne sont pas très éloignés de la Savoie. Pour être présent partout dans le royaume, Vauban se déplace à cheval ou dans sa « basterne » inspirée d’une voiture existant sous Charlemagne. Elle est aménagée pour qu’il puisse travailler avec son secrétaire.

Quand il rénove le château de Bazoches cher à son cœur, il installe un bureau dans une aile remaniée entre deux tours. Pour diffuser rapidement les plans et mémoires, il imagine de les faire transporter par des cavaliers dans des tubes rigides. Ainsi tous les ingénieurs travaillent sur les mêmes bases. Vauban veut être méthodique et efficace !
Dans les Alpes, la poudrière de Grenoble a été conçue et réalisée sur ses plans. Il traverse plusieurs fois la Savoie. Un premier voyage date de 1669 ; il escorte Louvois qui va visiter des prisonniers à Pignerol, alors en France. Il s’arrête à Chambéry au Relais de la Pomme d’or, change de chevaux à Montmélian, continue vers la Maurienne, monte au mont Cenis, traverse Suse et arrive enfin à Pignerol. Le 7 octobre 1692, il inspecte Fort Barreaux, écrit toutes ses critiques dans un mémoire. Toutes ses préconisations seront réalisées après sa mort. Il effectue un dernier voyage dans notre région en 1700.

Sa vie privée

Comment Vauban toujours sur les routes a-t-il pu avoir une vie privée ? Marié avec Jeanne d’Osnay, il a eu deux filles : Charlotte qui naît en 1661 et Jeanne-Françoise quelques années plus tard. Il ne fait que de courts séjours dans le Morvan ce qui l’attriste car il aime beaucoup son pays natal et son château de Bazoches. Il n’aime pas les femmes de cour, mais il aime les femmes car, malgré sa vie errante il a eu de nombreuses conquêtes et quelques enfants illégitimes. Il rencontre ainsi Angélique de Tencin à Grenoble le 29 septembre 1692 à l’hôtel Tencin. Ils correspondent pendant 15 ans et se revoient à Paris.

Les écrits de Vauban

Tout au long de sa vie, Vauban n’a cessé d’écrire.

Pendant les trajets à cheval ou dans sa « basterne », il a le temps d’observer, d’analyser, de trouver des solutions. Il rédige ensuite des lettres, des rapports, des mémoires adressées souvent au ministre de la Guerre, Louvois, et au roi. Quand il écrit à Louis XIV, il ne déguise pas sa pensée, il ne se conduit pas en courtisan. Il « gère » le royaume comme ses propres affaires. Tout l’intéresse, sa curiosité est extrême et les écrits qu’il publie sont là pour témoigner.

Dès 1680, il écrit ses réflexions et commence son œuvre majeure « Oisivetés ou ramas de plusieurs sujets à ma façon ». Elle comprend 12 tomes entre 1689 et 1705. Il disserte sur la situation du royaume, sa population, la botanique, les colonies d’Amérique, les forêts…

1689 : « Mémoire pour le rappel des Huguenots » pour démontrer que la révocation de l’Édit de Nantes est une erreur et va causer une infinité de maux.
Vauban n’a cessé de s’intéresser aux plus humbles sujets du roi qui sont souvent tenaillés par la faim et la misère. C’est pour eux qu’il écrit ce mémoire intitulé « Cochonnerie ou le calcul estimatif pour connaître jusqu’où peut aller la production d’une truie pendant dix années de temps ».

1704 : « Traité des sièges et de l’attaque de places » rédigé à la demande du roi pour son successeur.

Il met toujours l’homme au centre de ses préoccupations et constate l’injustice du régime fiscal. Il rédige en 1698 un projet de « Dime royale » où il explique la nécessité d’un impôt fiscal proportionnel sur le revenu payé par tous et conseille l’abandon des privilèges de la noblesse.

A la fin de sa vie, il achève la dernière version de la « Dime royale » qu’il fait imprimer secrètement. Bien qu’interdit, cet ouvrage bénéficie de nombreuses éditions à travers toute l’Europe et ce texte alimente les discussions fiscales pendant une grande partie du XVIIIe siècle.

La liste de ses écrits n’est pas complète ; dans beaucoup de domaines c’est un précurseur qui annonce le siècle des lumières.

La conférence passionnante de Jean-Claude Bouchet nous a fait découvrir un homme exceptionnel aux talents multiples si bien que nous avons de la peine à imaginer tout ce que Vauban a pu réaliser pendant sa vie. Dorénavant quand nous visiterons une fortification édifiée par lui, nous ne la regarderons plus du tout de la même façon.