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"Les lacs de haute montagne" : une conférence de Jean-Pierre Martinot le jeudi 17 mai 2018

Ce jeudi 17 mai 2018, à la bibliothèque des Deux Mondes, devant une assistance nombreuse, Annick Cros, la présidente, est heureuse de recevoir Jean-Pierre Martinot pour une nouvelle conférence. Précédemment en 2016, il avait évoqué la faune vertébrée des Alpes.

J- P. Martinot a fait toute sa carrière au Parc national de la Vanoise. Né à Aix-les-Bains, il est tombé dans les lacs de montagne ! Quand il travaillait dans son bureau, il n’avait qu’une envie : s’échapper pour retrouver les grands espaces. Aujourd’hui, il est venu nous présenter les lacs de haute montagne situés en Vanoise (en Maurienne et en Tarentaise). Fort de toutes ses expériences et ses études réalisées pendant plusieurs années sur trente lacs, il nous en a brossé un tableau complet.

Origine des lacs

La majorité des lacs de montagne doit son existence au système d’érosion glacière, les glaciers se sont en effet étendus lors du quaternaire. Nous avons dans ce cas, des lacs de creusement, auxquels appartient entre autres, le lac du mont Coua (2672 m d’altitude, en Maurienne). On peut encore citer, toujours en Maurienne, le lac de l’Arpont situé à 2666 m d’altitude. Dans les années 77-78-79 les séracs venaient se jeter dedans ! Dans les années 80 il était seulement au contact des glaciers

Il existe deux autres catégories de lacs :

  • Les lacs de barrage. Les obstacles les plus fréquents sont les moraines frontales ou latérales des gla-ciers. Ainsi le lac du Grand Fond (2899 m, en Maurienne) est situé le long de moraines.
  • Les lacs mixtes. Ils résultent de la combinaison des deux causes, creusement et barrage morainique. Le lac Noir du Carro (2760 m, en Maurienne) semble avoir cette double origine.

Caractéristiques des lacs

  • L’altitude. Pour les Alpes de Savoie, les lacs ont une altitude moyenne de 2400 m. Celle des lacs de Vanoise est élevée puisqu’elle s’établit à 2580 m.
  • La profondeur. Les sondages réalisés en Vanoise ont permis de préciser la profondeur des différents lacs. Ce n’est pas le cas de certains massifs alpins où aucune mesure n’a été faite. Les profondeurs mentionnées sont celles des lacs en hautes eaux. Ces mesures peuvent varier car à certains moments les lacs perdent du volume. Le lac Merlet supérieur (2447 m, en Tarentaise) a une profondeur de 30 m, c’est le plus profond sondé par J-P Martinot. La pro-fondeur moyenne des lacs s’élève à 10,30 m. Ceux, dont la profondeur est inférieure à 3 m, ne sont plus des lacs !
  • La superficie. La superficie des lacs peut changer considérablement selon la quantité d’amas accumu-lée au bord du lac par la houle. D’après les relevés de J-P Martinot la superficie moyenne des lacs de Vanoise est de 2,9 ha.
  • Cartes bathymétriques. Ce sont des cartes topographiques de la cuvette des lacs (comme les cartes de niveaux sauf que les mesures se font en profondeur). Les cartes sont établies à partir de photographies aériennes et d’une série de sondages effectués in situ. J-P Martinot a fait ainsi le travail pour le lac du mont Coua et a pu réaliser sa carte bathymétrique.
  • Couverture de glace et enneigement. Le lac supérieur de Lanserlia (2760 m, en Maurienne) est re-couvert de neige en hiver. La persistance de l’enneigement est dû à l’altitude. C’est la même chose pour les dates de prise en glace et de dégel. Certains lacs gèlent très vite surtout s’ils sont peu profonds et à l’ombre. La neige qui tombe sur un lac gelé subit des transformations à cause du gel et du dégel. Elle se transforme alors en couches de glace trouble et de neige mouillée. Au printemps entre la couche de neige et la glace il y a souvent de l’eau captive.

La vie dans les lacs de montagne

  • Les plantes aquatiques. J-P Martinot nous annonce que dans les lacs de la Vanoise 400 espèces d’algues différentes ont été identifiées. Malgré leur taille de quelques centièmes de millimètres, elles ont un rôle très important car c’est grâce à elles que tous les autres organismes peuvent vivre. Les petits crus-tacés composant le zooplancton, en suspension dans l’eau, les mangent. Ce zooplancton servira de nourriture à de petits poissons qui seront eux-mêmes dévorés par d’autres plus gros. J-P Martinot avait « ré-colté » du zooplancton dans le lac supérieur Merlet (2447 m, en Tarentaise).
    Dans le lac du Lou (2035 m, en Tarentaise) les pêcheurs remontent quelquefois, en les ayant arraché au fond, des algues appelées « characées ». D’autres végétaux aquatiques appelés « macrophytes » envahissent les lacs qui tendent vers l’eutrophisation, par ex. le lac du Lait (2218 m, en Maurienne). J-P Martinot cite encore les rubaniers que l’on peut découvrir au lac de la Plagne (2144 m, en Tarentaise) et qui ondulent à sa surface. On les appelle ainsi car les feuilles de ces plantes aquatiques sont composées de bandes semblables à des rubans.
    Bien sûr cette liste n’est pas exhaustive !
  • Les invertébrés
    Notre conférencier évoque maintenant quelques invertébrés qui vivent dans ces lacs :
    • les mollusques. On citera les limnées qui sont de petits gastéropodes ;
    • les crustacés parmi lesquels les copépodes qui représentent 60% du plancton animal, les daphnies qui sont une nourriture recherchée pour les poissons d’aquarium ;
    • les insectes parmi lesquels les trichoptères à métamorphose complète dont la larve est aquatique et se fabrique un fourreau protecteur, les chironomes qui sont des petits moustiques, les aeschnes qui sont de grandes libellules au vol très rapide et dont les larves vivent dans les lacs en voie d’eutrophisation.

  • Les vertébrés
    J-P Martinot nous parle seulement des amphibiens et des poissons que l’on peut observer dans les lacs de Vanoise.
    • Les amphibiens :
    • la grenouille rousse est l’espèce la plus commune en altitude. On peut la voir jusqu’à 2500 m mais seu-lement une partie de l’année ;
    • le triton alpestre se rencontre à des altitudes dépassant 2000 m.
    • Les poissons ont été introduits par l’homme dans les lacs de montagne. Seuls, les lacs du Lou et de la Plagne font peut-être exception. Autrefois ils étaient peut-être peuplés de poissons indigènes.
      Le 20 septembre 1963, on a introduit dans le lac du mont Coua (2672 m) 750 alevins d’ombles du Cana-da. Les spécimens les plus âgés, capturés en 1976 et 1977 avaient d’après leurs otolithes, respectivement 13 et 14 ans. L’otolithe (os de l’oreille) enregistre l’alternance des périodes de croissance et de disette. Comme sur une souche d’arbre, on peut observer une succession d’anneaux larges ou étroits. Il suffit de les compter pour connaître l’âge du poisson. En 1977, J-P Martinot a péché un omble du Canada mesurant 58 cm et pesant 1,900 kg. Ces poissons correspondent aux alevins introduits en 1963.
      Dans le lac des Bataillères (2422 m, en Maurienne) on a introduit des ombles chevaliers qui ont une petite taille. Ils mesurent 20 à 21 cm à l’âge de 5 ans. Dans le lac Noir (2483 m, en Tarentaise) on a mis des ombles (saumons de fontaine). Ces poissons dans les conditions de montagne ne vivent pas plus de 5 ans, ils grandissent rapidement et mesurent 30 cm et pèsent 250 g. Dans le lac Blanc de Polset, on peut pêcher la truite fario qui s’est bien acclimatée. Dans les lacs de Lanserlia, des truites arc-en-ciel se re-produisent dans de bonnes conditions. Dans le lac Merlet supérieur, on a utilisé l’hélicoptère pour mettre des alevins. Mais il s’est révélé que le nombre d’alevins introduits était trop important et que les poissons ne se sont pas bien développés (par manque de nourriture). Il faut donc faire très attention à ne pas déséquilibrer le milieu naturel !

Particulièrement applaudi, J-P Martinot remercie ses auditeurs. Cette conférence, accompagnée de beaux clichés, montre à quel point il maîtrise son sujet. Amoureux de cette nature il veut sa préservation car, dit-il, on ne protège bien que ce que l’on connaît bien.