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Le château de Sales à Thorens-Glières, sortie du vendredi 12 octobre 2018

Pour notre dernière sortie de l’année à la demi-journée nous prenons la route de la Haute-Savoie par un temps doux et ensoleillé. Notre but : le château de Thorens situé à la sortie du village de Thorens-Glières, à quelques kilomètres d’Annecy et en contrebas de la route du plateau des Glières.

Comme nous sommes en avance nous avons le temps de monter jusqu’à la chapelle Saint-François-de-Sales située non loin du château. Elle a été érigée par ses neveux en 1672 bien après sa mort. Elle est fermée mais nous apercevons à l’intérieur un joli retable baroque du XVIIe siècle. A sa place était situé l’ancien manoir de la famille de Sales détruit en 1630 par les armées de Louis XIII lors de l’occupation française.

 

Nous retournons vers le château, traversons le pont-levis, passons sous le porche fortifié, percé de meurtrières et découvrons une demeure majestueuse et élégante. Notre guide nous souhaite la bienvenue et nous plonge dans l’histoire du château. En 1060 les premières fortifications sont bâties, en ces lieux, sur les bases d’un ancien fort romain qui surveillait la vallée de l’Usillon et la voie romaine. De l’époque moyenâgeuse subsiste une importante tour du XIIIe siècle et ses salles des gardes que nous visiterons plus tard. Lui faisant face une tour canonnière massive et carrée est ajoutée en 1451, accentuant l’aspect féodal de la bâtisse. Le pont-levis est construit à la même époque. Au XIe siècle ce fief relève de l’autorité du comte de Genève qui confie le commandement du fort aux puissants seigneurs de Compey. Au 15e siècle, après leur chute, la demeure passe aux mains de la Maison de Savoie puis des princes de Luxembourg qui la cèdent à la famille de Sales en 1602. C’est au XVIIe siècle que le logis noble prend son aspect actuel qui sera conservé par cette famille et ses descendants. En 1792, au moment de la Révolution, le châ-teau est vendu comme bien national et subit de nombreuses déprédations. En 1830 La marquise Alexandrine de Sales rachète son propre bien et commence la restauration. Son petit-fils, le comte Eugène de Roussy de Sales, poursuit l’œuvre engagée en redonnant à la demeure de ses ancêtres, charme et prestige. Aujourd’hui encore c’est dans ce même esprit que la famille Roussy de Sales préserve et fait vivre ce bâtiment historique.

Nous pénétrons maintenant à l’intérieur du château pour visiter les salles du rez-de-chaussée, nous ne monterons pas à l’étage qui est privé et est habité tout au long de l’année. La première salle est une vaste entrée contenant des meubles dont certains sont des XVe et XVIe siècles. Beaucoup de tableaux ornent les murs, celui en face de la porte d’entrée est l’arbre généalogique d’un des neveux de saint François de Sales. Les deux châteaux, celui où saint François est né et l’actuel y sont représentés. Cette pièce est aussi très intéressante car elle renferme des objets ayant appartenu à saint François de Sales. Ainsi de nombreux documents présentés dans des vitrines sont des lettres qui ne sont pas écrites de sa main, ce sont des faux, la signature du saint est paraît-il très bien imitée ! Ces écrits intéressent énormément les collectionneurs ! Il nous faut donc parler brièvement de saint François de Sales (1567-1622) qui est un homme exceptionnel aux multiples talents. Il naît à Thorens et très jeune est attiré par les ordres. Mais son père le destinant à une carrière juridique, il fait de brillantes études à Paris et à Padoue. Il est ordonné prêtre en 1593 et n’a de cesse de convertir les protestants du Chablais au catholicisme à la demande du duc Charles Emmanuel Ier de Savoie. C’est ainsi qu’il écrit de nombreux sermons qu’il fait imprimer sur des feuilles volantes qu’il placarde dans les villes ou qu’il distribue. Il utilise donc des méthodes avant-gardistes ! C’est pourquoi l’Eglise catholique, en 1923, fait de lui le saint patron des journalistes et des écrivains. Deux tableaux représentant le saint sont exposés dans cette pièce. Le premier à 51 ans, l’autre l’année de sa mort. On croirait voir un vieil homme alors que seulement quatre ans séparent ces deux portraits. Saint François de Sales s’est usé à la tâche et il était épuisé.

La deuxième salle que nous visitons est la salle des tapisseries. Elles ont été tissées à Bruxelles au XVIe siècle et racontent l’histoire de Tobie et de son père, histoire tirée de l’Ancien Testament. Malgré leur pas-sage chez des paysans pendant la période révolutionnaire, elles ont gardé de beaux coloris. Les foins qu’elles ont recouverts pendant cette période auraient conservé leurs couleurs ! Des vitrines contiennent aussi des objets et des habits liturgiques précieux ayant appartenu à Saint-François de Sales, et parmi ceux-ci une belle crosse épiscopale. C’est celle de François qui est sacré évêque le 14 décembre 1602 dans l’église du village de Thorens. La vie de saint François de Sales a été tellement riche qu’il est impossible de tout raconter. Mais ses descendants sont fiers de contribuer à sa renommée en exposant et en expliquant ce qu’il a été et ce qu’il a fait.

La salle suivante contient de nombreux tableaux dont un Rubens et un remarquable secrétaire du XVIe avec plein de mécanismes secrets.

Nous voici maintenant dans le bureau de Cavour qui était cousin avec Eugène Roussy de Sales. Il venait régulièrement lui rendre visite au château de Thorens. Cet homme politique piémontais, partisan de l’unité italienne, négocie la cession du comté de Nice et du duché de Savoie au printemps 1860. Le traité d’annexion est signé sur l’élégant bureau que nous avons devant les yeux, bien avant le référendum ! Pour éviter des surprises de la consultation, on imprima seulement les bulletins « oui » !

Nous entrons dans la cuisine où nous découvrons deux monumentales cheminées. On pouvait y faire cuire un bœuf entier ! Cette pièce communiquait avec la salle à manger, aujourd’hui salle des tapisseries, avec la salle des gardes dont la porte a été murée et avec une autre petite salle appelée « la souillarde », arrière-cuisine où l’on faisait les gros travaux de cuisine et dont la fraîcheur permettait de conserver la nourriture.
Les deux dernières salles visibles sont les plus anciennes, il s’agit de la salle des gardes d’où partait un passage souterrain qui rejoignait les douves, et une autre dans la première tour édifiée au Moyen Age. Pour évoquer la vie des chevaliers et des soldats de cette époque, les propriétaires proposent des panneaux ludiques sur l’héraldique ainsi que des représentations d’armes et d’habits lorsque les chevaliers partaient en guerre. Notre guide nous surprend en nous disant qu’un équipement militaire complet coûtait très cher, l’équivalent aujourd’hui du prix d’une Ferrari !

Nous quittons cette belle demeure. Ce château, au riche passé, bien caché derrière ses murs nous a réservé d’heureuses surprises.